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<title>Last posts on marc-edouard nabe</title>
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<title>29</title>
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<updated>2010-11-17T11:32:15+01:00</updated>
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<summary> A en croire la plupart des articles sur la question, l'intelligence serait...</summary>
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&lt;p&gt;A en croire la plupart des articles sur la question, l'intelligence serait caractérisée par la&amp;nbsp;faculté de s'adapter aux situations nouvelles : l'idéologie du Progrès est&amp;nbsp;décidément la plus tenace de toutes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le lien&amp;nbsp;entre &lt;em&gt;De bruit et de fureur&lt;/em&gt; de Jean-Claude Brisseau et &lt;em&gt;Les Amants du Pont-Neuf&lt;/em&gt; de Carax, ce n'est pas juste l'exceptionnelle attention portée aux âmes en peine, c'est aussi cette bouleversante stylisation de la rage, ce sanglot monstrueux qui par politesse, se retient jusqu'à la grimace.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur le site de promotion &lt;em&gt;Ring&lt;/em&gt; (après le prophète Dantec, le messie Houellebecq, si le poisson change, la sauce reste la même), Marin de Viry insulte Nabe (dans un texte intitulé &lt;em&gt;Extrême Crétin&lt;/em&gt;) parce que celui-ci a laissé entendre qu'il s'était fait &quot;rouler dans la farine&quot; par l'auteur de &quot;La Carte et le territoire&quot;&lt;em&gt;. &lt;/em&gt;Je crois qu'il y a moins manipulation dans tout cela&amp;nbsp;qu'échange de bons procédés. Ainsi une bannière publicitaire sur le &lt;em&gt;Ring&lt;/em&gt; rapporte-t-elle une phrase de Houellebecq vantant le dernier livre, ampoulé et longuet,&amp;nbsp;de de Viry : &lt;em&gt;depuis que j'ai lu &quot;Le matin des abrutis&quot;, je me sens mieux&lt;/em&gt;. C'était bien la peine d'aller si mal si c'est pour guérir de la sorte.&lt;/p&gt;
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<title>L'HOMME QUI ARRETA D'ECRIRE (5/5)</title>
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<updated>2010-04-02T09:11:00+02:00</updated>
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<summary> Quelle est la place d'un tel livre à un moment de l'histoire de la...</summary>
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&lt;p&gt;Quelle est la place d'un tel livre à un moment de l'histoire de la littérature où de toute évidence, selon les mots mêmes de l'auteur, la seule activité encore honorable est «&amp;nbsp;d'écrire de l'impubliable pur&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Ce roman est d'abord un viatique, celui grâce auquel un écrivain parvient en toute innocence à traverser l'enfer et prétendre au paradis, avec le lecteur à sa suite. Le lecteur, mais pas n'importe lequel&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;j'écris pour le second lecteur, nous dit Nabe, celui qui ne se prend pas pour le lecteur. (...) Il faut que le lecteur s'identifie à moi et pas au lecteur sinon il est foutu&amp;nbsp;». Il est évident qu'il s'agit là de comprendre le parcours des narrateurs successifs de ses six romans précédents, et de tenter le même saut, ce qui n'a rien à avoir avec plagier ses admirations, singer ses dégoûts, pasticher son écriture, s'en faire une belle armure comme tant d'apprentis depuis le &lt;i&gt;Régal&lt;/i&gt; (1). Cette épopée allégorique, avec ses tourmenteurs, ses traîtres, ses démons, ses spectres et ses bonnes âmes, chacun doit la vivre à son tour. Les allusions sont limpides et ludiques, qui nous montrent le chemin emprunté par Dante&amp;nbsp;: l'&lt;i&gt;Enfer&lt;/i&gt; parisien au parcours géographique circulaire, le guide dont le pseudo de blogueur est «&amp;nbsp;Virgile&amp;nbsp;», les différentes rencontres, comme autant de stations, avec les amis d'autrefois, la famille et les célébrités, cette jeune fille qui prend le relais de Virgile après le &lt;i&gt;Purgatoire&lt;/i&gt; (la boîte échangiste&amp;nbsp;?), pour enfin atteindre la bien nommée place de l'Etoile autour de laquelle il s'agit de tourner, et puis cette échappée en banlieue, cette communion ultime avec le ciel, les étoiles, la Vierge et même Saint Bernard de Clairvaux, du moins dans une dernière pirouette puisqu'il s'agit d'un&amp;nbsp;chien avec un tonneau accroché au collier, fin illuminée semblable à celle du &lt;i&gt;Paradis&lt;/i&gt;, qui par un hasard merveilleux fait tout juste 686 pages (2)...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;Le parcours est bien fléché, mais ce n'est pas ce qui importe, les farces et attrapes disposés en douce par le narrateur tout au long de son périple nous l'ayant assez explicité. Ces jalons, c'est de la comédie, ce qui compte c'est le terme divin. Comme dans le proverbe, c'est bien la lune qu'il s'agit de regarder, et sans ciller. Un grand roman n'est là au fond que pour entériner de petites choses essentielles, leur donner du corps, éviter qu'elles ne deviennent anodines du fait justement de leur simplicité. Celui-ci ne tient, malgré son envergure, ses références et sa fièvre écrasantes, qu'à rappeler que la joie peut entamer l'aigreur, et que le narcissisme le plus haut en couleurs finit par déboucher sur l'humble quête de l'autre. Nous le savions déjà sans doute, nous en faisions même le vœu, mais encore fallait-il l'écrire ainsi. Les années 2000 ont enfin leur roman puisqu'elles sont finies. Quant à l'avenir, Nabe nous ouvre la marche&amp;nbsp;: il est à la fois la mare accueillante et le pavé frondeur, il s'assomme et du coup nous réveille, éclabousse son caban framboise écrasée de toutes les ordures en activité, pour mieux les sauver, et nous à sa suite. On voit mal comment ne pas le remercier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(1) Marc-Edouard Nabe. &lt;i&gt;Au Régal des vermines&lt;/i&gt;. Barrault, 1985&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(2) Dante Alighieri. &lt;i&gt;La Divine comédie&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;L'Enfer&amp;nbsp;; Le Purgatoire&amp;nbsp;; Le Paradis&lt;/i&gt; (trois volumes). Le Club Français du Livre, 1964&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://cinematique.blogspirit.com/media/00/02/900035105.jpg&quot; alt=&quot;3265dante_s_inferno_playstation_3_ps3_018.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-470053&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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<title>L'HOMME QUi ARRETA D'ECRIRE (4/5)</title>
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<summary> Et c'est ainsi que Nabe, littérairement, poétiquement, politiquement, se...</summary>
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&lt;p&gt;Et c'est ainsi que Nabe, littérairement, poétiquement, politiquement, se veut un idéaliste dessillé face aux naïfs qui raisonnent, un mystique incompréhensible aux positivistes toujours renaissants, un kamikaze narguant les divers agents de sécurité, un poète parmi les p(r)oseurs. C'en est tout à la fois réjouissant et agaçant, car il y a tant de trublions officiels, d'affreux jojos homologués, de chenapans conformes, que tout individu faisant à tue-tête un pas de côté mérite d'abord d'être pris pour un imposteur. Etranger aux délires réglés des complotistes, «&amp;nbsp;qui sont contre la discontinuité de la vie même&amp;nbsp;», comme au désordre terminal des artistes qui la singent, Marc-Edouard Nabe n'est cependant récupérable ni par les soldats de l'Empire (et ça fait vingt-cinq ans que ça dure) ni par les insurgés qui en jouent d'abord le jeu (et qui prennent ses libertés pour des contradictions). Il est bien ce Quichotte inversé qu'un personnage du roman remercie de la sorte&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;on te fait croire que tu t'attaques à des moulins à vent, mais tout le monde sait que ce sont vraiment des géants&amp;nbsp;». Sous les postures, la page. On n'a rien compris à Nabe si on le réduit à son avatar médiatique, contraint de parer toujours au plus pressé, car ce qui fait mouche c'est sa verve écrite et rien d'autre. Lire &lt;i&gt;L'homme qui arrêta d'écrire&lt;/i&gt;, c'est enfin accepter de ne plus s'en laisser conter.&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://cinematique.blogspirit.com/media/00/01/1155895666.jpg&quot; alt=&quot;Brazil14.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-470025&quot; /&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://cinematique.blogspirit.com/media/00/02/1944937243.jpg&quot; alt=&quot;Brazil36.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-470026&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
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<title>L'HOMME QUi ARRETA D'ECRIRE (3/5)</title>
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<summary> &amp;nbsp;En quittant la table de travail pour la rue, l'art pour le...</summary>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;En quittant la table de travail pour la rue, l'art pour le «&amp;nbsp;réel&amp;nbsp;», autrement dit le passé prestigieux pour sa recréation permanente, le narrateur s'enfonce aux enfers. Il découvre sans échappatoire possible que «&amp;nbsp;l'original est le brouillon&amp;nbsp;» et que c'est ici et maintenant que la valeur se forme. Il prend conscience que la dernière loi en vigueur est de refaire ce qui a déjà eu lieu, en mentant, en trahissant, en détournant, afin d'opérer une véritable «&amp;nbsp;transfusion de sens&amp;nbsp;». Prenant acte de cette alchimie mortifère, Nabe corrige alors le programme de &lt;em&gt;Je suis mort&lt;/em&gt; (1), qui détaillait à la première personne, avec minutie, de l'intervention des pompiers jusqu'à la mise en terre, tous les dérapages, les équivoques, les humeurs de ceux qui entouraient son cadavre, tandis que les situations pâlissaient sous le fard allusif et les personnages réels (Hallier et Sollers en tête) filaient doux sous la métaphore. A présent la réalité démaquillée reprend ses droits. Tous ses acteurs, à une lettre près, sont au rendez-vous, et pas une fois Nabe ne meurt. Celui-ci a choisi au contraire de ne plus rien cacher des petitesses et des grandeurs de tous les participants, d'explorer de fond en comble les lieux où ils s'ébattent, de décrire d'un bout à l'autre ce Grand Jeu&amp;nbsp;: réunion d'adeptes adultes de jeux vidéos, cercle d'amateurs asexuels de pornographie, défilé décalé de haute-couture, exposition d'art contemporain démodé, ouverture d'hôtels à thèmes et fermeture de cinémathèque, assemblée d'écrivains et cohue de clients, séance de cinéma bollywoodien et représentation théâtrale d'arrière-garde avant-gardiste, conclave de dignitaires médiatiques et manifestations de décroissants, complotistes et échangistes de tout poil, poètes du jour et écrivains d'avant, femmes intouchables et splendides, hommes épais et insistants, acteurs célestes, clochards mythiques...&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://cinematique.blogspirit.com/media/02/02/1371957102.2.jpg&quot; alt=&quot;sunsetpool.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-469207&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;Si l'on ose l'analogie cinématographique, &lt;i&gt;L'homme qui arrêta d'écrire&lt;/i&gt; est construit, comme la plupart des films de Fellini depuis &lt;i&gt;8 et demi&lt;/i&gt;, par la juxtaposition de grands blocs narratifs, liés entre eux comme chez Lynch par la grâce d'endormissements subits, de rêves éveillés, de pauses sensorielles. La cerise sur le gâteau étant que ce qui se déroule sous nos yeux garde la cruauté sociétale d'un Clouzot. Et c'est en cela que ce roman se distingue de la remarquable satire de Philippe Muray, &lt;i&gt;On ferme&lt;/i&gt; (2), tout aussi échevelée, déstructurée par les sons de l'époque, parasitée par la somme de principes à fausser et de lois à enfreindre&amp;nbsp;: là où Muray jouait l'outrance pour mieux donner à voir le monde moderne, tant celui-ci lui paraissait hyperbolique par essence, et assénait au lecteur 'voici ce que vous pourriez devenir', c'est-à-dire selon la terminologie du roman, des &lt;i&gt;Transformés&lt;/i&gt;, Nabe ose la transposition absolue et affirme 'voilà ce que nous avons été'. Voilà le monde où nous avons grandi puis vieilli, voilà le monde sans dieux, sans maîtres ni joie, où le proverbe est subverti, où «&amp;nbsp;c'est ringard la lune, car ce qui est moderne c'est de regarder le doigt. C'est d'exposer le doigt. C'est de faire un doigt d'honneur à la lune.&amp;nbsp;». Alors ne rien cacher (la transparence obligatoire prônée par les cachottiers du système prise à son propre piège) et ne rien lâcher (ne renier aucun amour passé, aucune violence verbale, aucun mot dépassant la pensée), non pas pour rire de l'époque, ou la pourfendre, mais afin de la sublimer, d'en épouser le rythme pour mieux la circonvenir, de l'embrasser jusqu'à ce qu'elle succombe et qu'enfin alors, elle vaille la peine qu'elle nous fait. Si Nabe construit un récit anti-naturaliste au possible, cela ne l'empêche jamais de dévoiler la vérité de ce temps, bien au contraire, c'est par son lyrisme même, et son décalage, qu'il dit juste, comme à la fin du XIXè siècle, les symbolistes ou les décadents dont il est l'héritier. Rétrospectivement, ce sont bien les écrits excessifs et flamboyants de Villiers de l'Isle-Adam, de Lautréamont, de Mallarmé, qui ont vu clair dans le jeu de la société, tandis que l'école-Zola se complaisait à en peindre l'eau trouble.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(1) Marc-Edouard Nabe. &lt;em&gt;Je suis mort&lt;/em&gt;. Gallimard, 1998&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(2) Philippe Muray. &lt;em&gt;On ferme&lt;/em&gt;. Les Belles Lettres, 1997&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(A suivre)&lt;/p&gt;
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<title>L'HOMME QUI ARRETA D'ECRIRE (2/5)</title>
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<updated>2010-03-30T09:48:00+02:00</updated>
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<summary> Précipité d'un lieu à l'autre dans le sillage d'un blogueur et de quelques...</summary>
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&lt;p&gt;Précipité d'un lieu à l'autre dans le sillage d'un blogueur et de quelques jolies femmes, le narrateur virevolte en vitesse, une semaine durant, une décennie durant, ne cessant de perdre ses repères devant chaque nouvelle installation post-moderne et de retrouver ses maîtres en littérature dans la moindre ruelle parisienne, créant ainsi une sorte de surplace exténuant et grandiose, sous le joug de ce temps qui change tout, qui n'est plus celui de personne, puisque désormais «&amp;nbsp;ce n'est même pas que rien ne soit comme avant, c'est que rien n'est plus comme tout de suite&amp;nbsp;». Tout est là devant nos yeux. Toutes les niches et les recoins où le moderne se dissimule pour noyer son chagrin (et son prochain) sont passées en revue. Spectaculaires, absurdes, inouïes, attachantes, odieuses. Tout paraît vrai dans ce voyage d'Alain au pays des Modernes, et pourtant rien ne nous est donné avec la morgue de l'auto-fiction, car ce périple dans de &lt;i&gt;vrais lieux&lt;/i&gt; et avec &lt;i&gt;de vrais gens&lt;/i&gt; (comme disent tous les faux culs) est d'abord un poème somnambulique, parnassien, métonymique en diable. A partir de situations tout à fait vraisemblables et qui semblent constituer un nouveau tome de son &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt;, Nabe bifurque soudain vers le burlesque, prolonge dans l'insolite, dérape sur la digression, enveloppe d'onirisme. Ainsi donne-t-il la preuve qu'un grand roman est oxymorique ou n'est pas&amp;nbsp;: c'est un journal intime qui ne se prend plus au sérieux, une enquête journalistique avec de l'audace et du style (et la première audace est d'avoir du style), une chronique mondaine métaphysique, un portrait de groupe égocentrique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme dans les pérégrinations d'Alice, le narrateur désemparé et velléitaire s'empresse puis ralentit, discourt sans pause ou dort profondément, guette et s'affale, éprouve dans sa chair les désastres du monde en même temps qu'il nourrit son esprit de leur beauté. C'est beau un désastre, mais à condition d'avoir assez de cœur pour l'identifier. Par l'entremise de quelques objets transitionnels (sac à main, poussette avec bébé, portable) qu'il s'agit de rendre à leur propriétaire, le principe de découverte s'avère comparable à celui employé par Lewis Carroll, d'une folie logique poussée à son comble, puisque ce qui permet au narrateur de passer le miroir, de se retrouver en plein dans le monde, est le choix d'arrêter d'écrire, ce qui ne sera pas sans conséquence loufoque, car c'est bien toute écriture que le narrateur a souhaité stopper, et pas uniquement celle de l'écrivain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(A suivre)&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://cinematique.blogspirit.com/media/01/02/1663301183.jpg&quot; alt=&quot;alice09gw5.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-469172&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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<title>L'HOMME QUi ARRETA D'ECRIRE (1/5)</title>
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<published>2010-03-29T12:24:53+02:00</published>
<summary> Lire d'une traite impossible le dernier livre de Marc-Edouard Nabe, ces 686...</summary>
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&lt;p&gt;Lire d'une traite impossible le dernier livre de Marc-Edouard Nabe, ces 686 pages sans paragraphes ni chapitres, est avant tout une expérience physique. C'est expérimenter tout à la fois le second souffle des coureurs, celui qui vient se substituer au rythme précédent pour garder la cadence, et l'essoufflement des divers &lt;i&gt;bougistes&lt;/i&gt; de l'époque (1). C'est soupirer d'aise malgré l'absence de pause et souffrir de ne jamais savoir où marquer la page. C'est se prendre au jeu de la cavalcade, qui décime les volailles et envoie au ciel des odes émouvantes de matamore inquiet, tout en s'abritant des cavalcades veules, vulgaires, hégémoniques. C'est suivre en clopinant la pensée tout azimut d'un écrivain qui ne cesse de percer l'époque à jour (et s'il troue autant son tissu mou, il ne faut pas lui en vouloir, c'est avant tout pour respirer tant elle lui colle au visage) et subir avec vertige la bradypsychie effrénée des fêtards, qui se hâtent sans joie avant d'oublier sans mesure. Lire ce roman phénoménal, c'est expérimenter la jouissance du disjonctif, qui déclasse et réévalue à toute allure, tout en prenant conscience, une bonne fois pour toutes, de l'horreur moderne qui accumule et superpose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1- selon la terminologie de P-A Taguieff in &lt;em&gt;Résister au bougisme&lt;/em&gt;. Mille et une nuit éditions, 2001&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(A suivre)&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://cinematique.blogspirit.com/media/02/01/2132215777.jpg&quot; alt=&quot;trafic1.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-468839&quot; /&gt;&lt;/div&gt;
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<title>Nabe le Béni</title>
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<updated>2009-09-25T09:11:59+02:00</updated>
<published>2009-09-25T09:11:59+02:00</published>
<summary> Marc-Edouard Nabe est irritant.   Il réussit le tour de force d'être à la...</summary>
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&lt;p&gt;Marc-Edouard Nabe est irritant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il réussit le tour de force d'être à la fois un symptôme de la fin (de l'Histoire, de la Littérature, du Spectacle, de la Modernité) et la preuve (par 28) qu'il est encore possible de faire de l'art avec tout ce qui a été saccagé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nabe agace par certaines de ses postures, mais enchante par tant de phrases, qu'il est impossible de s'en défaire d'un haussement d'épaules, comme d'un quelconque Bisiou ou d'une Darrieussecq parmi d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mystique incontrôlable, fasciné définitif, poète bouleversant, son équivalent cinématographique serait quelqu'un de la trempe de Jean-Claude Brisseau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lien du vendredi c'est &lt;a href=&quot;http://www.alainzannini.com/index.php&quot;&gt;son tout nouveau site&lt;/a&gt;, où l'on peut lire parmi les textes en ligne, cet extrait qui dit tout :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Salons, médias, journaux: écrivains partout, littérature nulle part. Paul Léautaud disait déjà que &quot;quiconque reçoit un prix littéraire est déshonoré.&quot; Ce n'est pas assez. Aujourd'hui il est temps de dire fort que quiconque se prétendant &quot;écrivain&quot; accepte de publier un livre dans le système éditorial actuel est encore plus déshonoré. Et même que quiconque achète un seul de ces livres est déshonoré lui aussi ! La littérature sert à ça.&quot;&lt;/p&gt;
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<title>AU-DESSUS</title>
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<updated>2009-05-22T17:50:56+02:00</updated>
<published>2009-05-22T17:50:56+02:00</published>
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&lt;p&gt;Le lien de ce vendredi, loin des mauvaises actions du milieu éditorial français et de la pseudo-littérature&amp;nbsp;qui en&amp;nbsp;réaction, encombre la Toile, c'est &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/relevance/search/nabe/video/x5i44d_marcedouard-nabe-chez-taddei_news&quot;&gt;Nabe&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; 
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<author>
<name>Marc Alpozzo</name>
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<title>La disparition de la critique littéraire</title>
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<updated>2007-10-26T10:20:00+02:00</updated>
<published>2007-10-26T10:20:00+02:00</published>
<summary>     Juan Asensio   m'a écrit pour me proposer de recenser son livre. Au...</summary>
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&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #800000;&quot;&gt;&lt;a style=&quot;color: #800000;&quot; href=&quot;http://marcalpozzo.blogspirit.com/tag/juan+asensio&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;Juan Asensio&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; m'a écrit pour me proposer de recenser son livre. Au téléphone, j'ai eu au bout du fil un homme courtois, qui m'a donné envie de chroniquer son essai, qui est la reprise de certains de ses billets dans le &lt;em&gt;Stalker&lt;/em&gt;, car l'auteur est avant tout un blogueur, même s'il est par ailleurs critique littéraire et préfacier, que j'ai trouvé certes, un peu rébarbatif et trop bavard parfois, mais qui a le grand mérite de reposer la question essentielle et presque oubliée, en ce début du XXIe siècle, à savoir : qu’est-ce que la littérature ? La question mérite d’être posée et constamment renouvelée… Pour le dire de manière un peu grandiloquente, l’oraison de nihilisme et de cynisme qui, de son épais manteau noir, aspire progressivement la littérature vers son propre néant ne doit tout de même pas nous faire oublier que peu de choses mettront pour le coup fin à cet art silencieux et transcendant. Comptons sur la critique pour aider à cette pérennité annoncée. Cet article présente un intérêt certain, pour comprendre l'effondrement de la littérature, auquel nous assistons impuissants. Il est paru dans &lt;span style=&quot;color: #800000;&quot;&gt;&lt;em&gt;La Presse littéraire&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;, en 2006. Le voici désormais en accès libre dans l'&lt;span style=&quot;color: #800000;&quot;&gt;&lt;em&gt;Ouvroir&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://marcalpozzo.blogspirit.com/media/00/01/1770373503.jpeg&quot; id=&quot;media-1069280&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-1069277&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://marcalpozzo.blogspirit.com/media/01/00/3950744866.jpg&quot; alt=&quot;asensio2.jpg&quot; /&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Même si la critique, selon certains, &lt;em&gt;meurt jeune&lt;/em&gt;&lt;a href=&quot;#_ftn1&quot; name=&quot;_ftnref1&quot;&gt;[1],&lt;/a&gt; c&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;ritique et non méta-critique,&amp;nbsp; critique comme lueur dans les ténèbres. Lueur qui éclaire non sans une pointe de bonheur le chemin dans un bâtiment délabré, chemin jusqu’au bout de la nuit, chemin comme compte-rendu d’une descente aux enfers, qui permet d’exhumer du tas de morts-nés, écrivains de pacotille et autres faiseurs et faussaires, le plus invraisemblable prodige.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Errant dans la nécropole sinistrée comme âme en délire, le critique est de cette race, loin du brouhaha des bavardages caverneux, des fureurs de papiers, écrivant avec sa chair et son sang et, osant, par inconscience ou folie, parler contre les épais silences, afin de mettre à jour et de montrer à voir, d’accompagner des écrivains, dans leurs plus périlleuses expériences, expériences à la limite qui devra forcer en nous respect et admiration, quand nous les aurons enfin compris. Le critique est ce fil tendu entre le professeur et l’écrivain. C’est tout du moins ce que prétend Juan Asensio, qui n’a pas hésité à plonger dans la zone à hauts risques de la critique, zone mystérieuse et interdite à toute présence humaine. Il faut en effet, une sacré dose de courage au critique, pour, dans le silence et la quasi-indifférence qui entoure son activité, affronter la fronde, écrire et défendre parfois l’indéfendable : aujourd’hui, Nabe, &lt;span style=&quot;color: #800000;&quot;&gt;&lt;a style=&quot;color: #800000;&quot; href=&quot;http://marcalpozzo.blogspirit.com/archive/2016/06/30/maurice-g-dantec-mega-machine-s1-3075959.html&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;Dantec&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;, Bénier-Bürckel, et quelques autres.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Asensio appartient à cette race de critiques (dont je dois certainement faire quelque peu partie ! je ne sais pas, une idée comme ça !) des plus pessimistes. &lt;a href=&quot;http://marcalpozzo.blogspirit.com/archive/2019/06/26/de-la-litterature-en-decomposition-entretien-avec-juan-asens-3139447.html&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #800000;&quot;&gt;De la littérature, il ne voit plus que putréfaction, oraison funèbre, cacophonies troublantes d’egos hypertrophiés&lt;/span&gt;.&lt;/a&gt; Dans un monde sans Dieu, sans transcendance, &lt;span style=&quot;color: #800000;&quot;&gt;&lt;a style=&quot;color: #800000;&quot; href=&quot;http://marcalpozzo.blogspirit.com/tag/juan+asensio&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;Juan Asensio&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; est conscient que toutes les idoles doivent être brisées, si l’on veut advenir à notre plus pleine liberté. La littérature doit être défendue, car elle est notre dernier barrage, dernier rempart contre le nihilisme et la disgrâce. D'où l'importance fondamentale de la critique littéraire. Une critique qui ne résiste pas à ferrailler des fois, importante, indispensable si l'on désire que la littérature conserve son &lt;em&gt;feu sacré&lt;/em&gt;. Pour cela, la critique est la bienvenue. Elle n'est pas seulement nécessaire. Elle est indispensable à ce travail de fond. Mais, où est-elle donc aujourd'hui la &lt;em&gt;critique&lt;/em&gt; littéraire? Pas dans des revues comme &lt;em&gt;Télérama&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Inrockuptibles&lt;/em&gt;, en tout cas !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Pour servir sa cause, Asensio convoque l’âme de Bloy, le soleil de Bernanos. Jorge Semprun, Joseph Conrad, Fedor Dostoïevski. Maudits ou lumineux, les (vrais) écrivains sont nombreux et les références foisonnantes. Relus d'un oeil neuf, parce qu'on cherche en ce début de siècle d'autres pistes ; pour cela, ne pas hésiter à malmener les épouvantails de l'époque, ne pas hésiter pas secouer les idées trop bien reçues, parce que remâchées et répétées depuis plus d'un siècle, à la suite de la langue de bois de nos démocraties. Asensio avance lui, solitaire, entêté, armé d’un regard sans complaisance. Toute sa force réside d’ailleurs dans ces deux qualités non-négligeables, pour affronter une littérature pour notre temps. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comment continuer sans le génie de littérature ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Donner la parole à un &lt;span style=&quot;color: #800000;&quot;&gt;&lt;a style=&quot;color: #800000;&quot; href=&quot;http://marcalpozzo.blogspirit.com/archive/2016/06/30/maurice-g-dantec-mega-machine-s1-3075959.html&quot;&gt;Maurice G. Dantec&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;, (à la mode dans la fin des années 90, et désormais &lt;em&gt;maudit&lt;/em&gt; depuis quelques années), défendre Eric Bénier-Bürckel (qui a eu la faiblesse d'écrire un roman mal compris &lt;em&gt;Pogrom, &lt;/em&gt;et qui a déclenché des tsunamis d'indignation), relire Nabe (le maudit, lui aussi). On croirait qu'Asensio ne rêve que de provoquer son lecteur, et de le désespérer. Le voilà alors, sur tous les fronts, montrant et démontrant qu’il n’a aucune peur à défendre la « vraie » littérature contre la &lt;em&gt;mauvaise &lt;/em&gt;critique, bien souvent celle des journalistes, qui rédigent au kilomètre, mais ne lisent plus. Constat radical, j'en conviens, mais n'a-t-il pas raison ? Raison, parfois même contre lui-même quand, dans un long, et parfois brillant article, sur le &lt;em&gt;Cosmos incorporated&lt;/em&gt; de Maurice G. Dantec, il écrit à la page 95 de son livre : « C’est que Dantec en dit trop, il a trop lu et l’écriture de chacun de ses romans se mélange avec tous ceux qu’il a lus et ceux qu’il va lire, de sorte que le critique contemporain, s’il avait l’ombre de la culture littéraire, pourrait affirmer des livres de notre écrivain ce que Sainte-Beuve écrivait de la &lt;em&gt;Vie de Rancé &lt;/em&gt;de Chateaubriand, que «&amp;nbsp;&lt;em&gt;l’auteur jette tout, brouille tout, et vide toutes ses armoires&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Ce serait presque suffisant pour dénoncer la chute de Dantec, &lt;span style=&quot;color: #800000;&quot;&gt;&lt;a style=&quot;color: #800000;&quot; href=&quot;http://marcalpozzo.blogspirit.com/archive/2019/06/30/j-ai-vu-dantec-tomber-comme-l-eclair-a-propos-de-grande-jonc-3139550.html&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;dans une paranoïa intellectuelle et sordide des plus inquiétantes&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;. Écrivain rock, plus qu’écrivain tout court, Maurice G. Dantec, dont les premiers ouvrages plus que prometteurs étaient de vraies dynamites contre cette époque, de plus en plus petite, se perd depuis quelques années dans la &lt;em&gt;désespérance&lt;/em&gt; et le pessimisme outranciers. Les échecs successifs du somptueux &lt;em&gt;Villa vortex,&lt;/em&gt; et du très indigeste &lt;em&gt;Cosmos incorporated&lt;/em&gt; (sur le plan littéraire au moins !), montrent que la glose d’Asensio ne suffit déjà plus à le sauver des catacombes dans lesquels il s’est tout seul enfermé. &lt;em&gt;Idem &lt;/em&gt;pour Bénier-Bürckel : que faut-il vraiment écrire d’un mauvais roman, raté dans sa plus grande partie, dont le seul et véritable mérite aura été de dénoncer sans complaisance aucune, le mal et la violence des banlieues, sévissant dans notre époque des plus redoutables ? Je passe sur les accents &lt;em&gt;pseudo-céliniens&lt;/em&gt; de l’auteur de &lt;em&gt;Pogrom,&lt;/em&gt; et les descriptions apocalyptiques et juvéniles à propos de la chute (visible, trop visible) de la littérature aujourd’hui. À peine a-t-il raison de sauver le roman &lt;em&gt;Alain Zannini&lt;/em&gt; de Nabe, de l’enfer des bibliothèques, dans lequel on cherche à l’enfermer, quoique l’écriture de Nabe, souvent ampoulée, trop souvent emplie d’un romantisme agaçant, laisse songeur. Et je préfère laisser sous silence les réflexions entachées de trop nombreuses insultes à l’encontre de l’art moderne qu’Asensio, à la suite de Domecq, Jean-Louis Chrétien ou &lt;span style=&quot;color: #ff0000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #800000;&quot;&gt;&lt;a style=&quot;color: #800000;&quot; href=&quot;http://marcalpozzo.blogspirit.com/archive/2008/06/30/chere-banalite-note-sur-nicolas-grimaldi.html&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;Nicolas Grimaldi&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;,&lt;/span&gt; visiblement, vomit (à tort à mon sens !). Certes c’est son droit, et les arguments qu’il avance, loin d’être tout à fait ineptes, auraient servi son discours assez bien bâti, s’il n’avait oublié, qu’accuser sans autre forme de procès, les œuvres d’art contemporain, dans leur majorité générale, de « sublimes nullités » ou autres quolibets, prétendant ainsi en finir une bonne fois pour toutes avec les controverses traversant l’art contemporain depuis presque un siècle, à propos du beau, de l’objet d’art, et de l’art et son Idée, non seulement ne sert pas sa prose, mais la dessert à l’endroit même où il espérait la servir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Asensio veut ressusciter cette âme déchue de l’art. Il veut en réactiver les forces vives, certes non éteintes, mais occultées par l’ignorance crasse et l’imbécillité profonde de l’époque. Ayant compris que la dégradation du langage (le métalangage de notre temps, délibérément vidés de sa substance, pour créer la confusion) et le Mal, dans sa dimension la plus diabolique, grignotant peu à peu la chair ensanglantée du « cadavre de la littérature », Juan Asensio s’escrime avec rage et courage pour revenir à un âge d’or (ou prétendu tel !) Raison ou tort ? Je ne prendrai pas partie. Et peu importe en définitive, car, si le radeau de la méduse littéraire continue de voguer au fil de l'eau, ses retours, non sans intérêt, à Conrad, Bernanos, Bloy, Dostoïevski sont, dans leur infinie noblesse, une assez bonne initiative, surtout si l'on se penche sur cette nouvelle littérature de gauche, appartenant à un courant que l'on ne peut que déplorer, remplie de personnages sans consistance, sans histoires, écrite pour servir une idéologie accompagnée d'une terminologie de l'infâme... Dans cette littérature de pacotilles, où est passé Dieu ? où est passée la foi ? où est passée l'aspiration à la grandeur ? où est passée la transcendance ? où même est passé l'homme, tant le lexique contemporain vide l'homme en général de ses qualités ambivalentes, dont sa part d'ombre, sa part obscure, ses aspirations paradoxales aux bas instincts, monstre d'égoïsme, monstre de ladrerie, monstre d'impuissance, parfois, faisant de lui un être prisonnier entre le Bien et le Mal, contraint à choisir et à se déterminer, souvent emporté par les grands flux de l'Histoire. À présent, la littérature ne raconte rien d'autre que des qualités de certains hommes, aux prises d'angoisses ordinaires, de &lt;span style=&quot;color: #800000;&quot;&gt;&lt;a style=&quot;color: #800000;&quot; href=&quot;http://marcalpozzo.blogspirit.com/archive/2020/12/12/emmanuel-carrere-confession-d-un-ego-hypertrophie-3157925.html&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;problèmes personnels et égotistes&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;, des &lt;span style=&quot;color: #800000;&quot;&gt;&lt;a style=&quot;color: #800000;&quot; href=&quot;http://marcalpozzo.blogspirit.com/archive/2015/10/23/catherine-siguret-un-mouton-dans-la-ville-3058480.html&quot; target=&quot;_blank&quot; rel=&quot;noopener&quot;&gt;qualités minuscules&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;, sans reliefs, sans profondeur. Force est alors de constater que la littérature a abandonné, pour le confort du lecteur paresseux, toute ambition et toutes ces profondeurs abyssales que montre la complexité humaine. Asensio ne peut que s'en désoler, et ce n'est pas moi qui le condamnerai pour cela. Mais les temps sont sombres pour le critique littéraire qui oserait dénoncer cette nouvelle forme de puritanisme moral métastasant la littérature française aujourd'hui, au point de la rendre insipide, verbeuse, évidée, à courte vue...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Je ne suis pas non plus certain, que ce type de livre sauve quoi que ce soit de la mort annoncée du roman français, je parle bien sûr du grand roman français, de ce Titanic emporté, mais nous verrons bien. Je crois que Juan Asensio le parie... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Affaire à suivre !&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-1071775&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://marcalpozzo.blogspirit.com/media/00/01/1891148957.gif&quot; alt=&quot;joseph conrad,léon bloy,fédor dostoievski,marc-edouard nabe,alain zanini,juan asensio,georges bernanos,maurice g dantec,jean-philippe domecq,nicolas grimaldi,jean-louis chrétien,jorge semprun,rené de chateaubriand,rancé,charles-augustin sainte-beuve,eric benier-burckel&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 10pt;&quot;&gt;Extrait du film &lt;em&gt;Stalker&lt;/em&gt;, réalisé par Andreï Tarkovski, en 1979&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;___________________&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#_ftnref1&quot; name=&quot;_ftn1&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; Juan Asensio, &lt;em&gt;La critique meurt jeune&lt;/em&gt;, Paris, Le Rocher, 2006.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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